Ce 21 février 2024 Missak et Mélinée Manouchian feront leur entrée au Panthéon.
Missak, héros de la résistance, chef militaire des Francs-Tireurs et Partisans de la main d’œuvre immigrée (FTP-MOI) de la région parisienne.
Mélinée, sa femme, commissaire militaire des FTP-MOI, décédée en 1989.

Avec cette entrée au Panthéon ce sont aussi les 22 autres membres du groupe Manouchian qui accèdent à la plus haute reconnaissance de la France.

Arrêtés en novembre 1943, torturés, condamnés à mort et exécutés le 21 février 1944 au Mont-Valérien pour 22 d’entre eux, le 10 mai pour Olga Bancic, seule femme du groupe, décapitée à Stuttgart.

Ils étaient d’origines et de confessions diverses : Arméniens, Espagnols, Italiens, Français, Polonais, Juifs d’Europe de l’est … ils avaient également vécu des histoires différentes. Ils étaient unis contre le nazisme et le fascisme.

Ils avaient la farouche volonté de combattre ce mal afin de retrouver la paix et la liberté.

Ils avaient cette conscience de classe qui en faisait des humanistes, des internationalistes.

Certains d’entre eux, dont Missak Manouchian, étaient nos camarades de la CGT. Ils sont tombés en héros, en martyrs, en défendant des valeurs de fraternité, de solidarité, de paix, au plus proches de leur communauté d’origine.

Ne laissons pas la place à celles et ceux qui voudraient nous vendre le mythe de « l’intégration à la française » mais qui, sous la dictée des « héritiers de Vichy », n’ont pas hésité à adopter le projet de loi «asile et immigration».

Une loi de la honte qui s’attaque aux droits fondamentaux de toutes et tous et au Pacte Républicain, hérité du Conseil National de la Résistance. Cette loi inique en remet en cause le droit du sol et instaure la préférence nationale.

Ce 21 février, « le peuple français honorera la mémoire » des résistants du groupe Manouchian, comme en était persuadé Missak.

Citation de Missak Manouchian

« Je meurs à deux doigts de la victoire et du but. Bonheur à ceux qui vont nous survivre et goûter la douceur de la Liberté et de la Paix de demain. Je suis sûr que le peuple français et tous les combattants de la Liberté sauront honorer notre mémoire dignement. Au moment de mourir, je proclame que je n’ai aucune haine contre le peuple allemand. (…) Bonheur à tous ! »

Qui étaient Missak et Mélinée Manouchian ?

Missak Manouchian a 9 ans lors du génocide arménien de 1915 dans l’Empire Ottoman.
Avec son frère, il vit en orphelinat au Liban où il est formé au métier de menuisier. Il débarque à Marseille en 1925.
Il arrive rapidement à Paris et se fait embaucher comme tourneur chez Citroën. Au début des années 1930, il perd son emploi. Il gagne alors sa vie grâce à des travaux irréguliers.

Il fréquente les universités ouvrières de la CGTU. La menace fasciste, avec la crise du 6 février 1934, le fait s’engager au Parti Communiste Français et à la section française du comité de secours pour l’Arménie où il rencontre son épouse Mélinée ; comme lui, apatride, orpheline, victime de la barbarie du premier génocide du 20ème siècle.

En juillet 1935, Missak devient cadre de l’Internationale communiste en accédant à la direction du journal Zangou, publié par la Section française du Comité de secours pour l’Arménie, puis de l’Union populaire franco-arménienne, relais de l’organisation Main-d’oeuvre immigrée (MOI) auprès des ouvriers arméniens.

Missak et Mélinée n’hésiteront pas à se mobiliser ensemble pour la défense de la République espagnole et participeront à la récolte de fonds.

Le 2 septembre 1939, Missak Manouchian est arrêté alors que l’interdiction du Parti communiste et des organisations proches intervient seulement le 26 septembre, un mois après le pacte germano-soviétique.

Manouchian sort de prison en octobre. Il est affecté comme engagé volontaire dans une unité stationnée dans le Morbihan.

Après la débâcle et l’invasion allemande, Missak et Mélinée décident de s’engager dans la Résistance.

Mélinée rédigera des tracts et portera des messages secrets. Puis ils passeront à la lutte armée et aux attentats. En 1943, Missak Manouchian prend la tête de la structure parisienne des FTP MOI, composée d’une soixantaine de jeunes résistants.

Après l’arrestation du groupe en novembre 1943, les nazis vont monter une opération de propagande avec la célèbre Affiche rouge qui met en scène 10 « terroristes étrangers » (dont 7 « juifs ») présentés comme une « armée du crime ».

Le tribunal militaire allemand du Grand-Paris juge 24 des résistants arrêtés. Le procès est mené de façon expéditive le 19 février 1944 en présence de la presse collaborationniste. En réponse à leurs cris de haine, Manouchian se tourne vers eux et leur déclare :

Citation Missiak Moanouchian

« Quant à vous, vous êtes français. Nous, nous avons combattu pour la France, pour la libération de ce pays. Vous, vous avez vendu votre conscience et votre âme à l’ennemi. Vous avez hérité de la nationalité française. Nous, nous l’avons méritée ».

Les Francs-Tireurs et Partisans – Main d’œuvre Immigrée (FTP-MOI)

En 1924, la CGTU met en place une section Main-d’œuvre Immigrée (MOI) dont Missak Manouchian et l’ancien Secrétaire Général Confédéral de la CGT, Henri Krasucki seront adhérents.

Un service d’entraide, des structures associatives, sportives et culturelles est créé et donne naissance à de fortes solidarités. En 1936-1939 la MOI joue un rôle actif contre la montée du fascisme, notamment en développant la solidarité avec l’Espagne républicaine.

A partir de novembre 1940 et la dissolution de la CGT, ces groupes devinrent des pépinières de résistants.

En mars 1942, naissent les Francs-Tireurs et Partisans Français (FTPF), bras armé du Front national de lutte pour l’indépendance de la France.

En juin 1942, les unités combattantes issues de la MOI prennent le nom de Francs-Tireurs et Partisans – Main d’œuvre Immigrée, soit FTP-MOI.

Ces combattants sont organisés par groupe de langues : on distingue les sections roumaine, bulgare, arménienne et une section juive.
La MOI diffuse tracts et journaux.

Il existe plusieurs groupes dans différentes régions de France : Grenoble, Lyon-Villeurbanne, Marseille, Toulouse.

En août 1943, ils sont pratiquement seuls à mener la lutte armée à Paris, après de nombreuses arrestations dans les rangs de la Résistance.

Le coup d’éclat a lieu le 28 septembre 1943 lorsque le général S.S Julius Ritter, responsable du STO (Service du Travail Obligatoire) en France est abattu.

Le groupe est démantelé en novembre 1943 et Missak Manouchian est arrêté par les Brigades spéciales de la Police Française. A l’issue d’une parodie de procès, Manouchian et 22 camarades sont fusillés au Mont Valérien.

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