Signé Furax !
Pendant que le bateau prend l’eau, l’orchestre continue de jouer !
L’annonce du recours au dispositif d’activité partielle pour deux semaines à la reprise des congés et potentiellement trois semaines en octobre/novembre est ressenti comme un « coup de bambou » par les salariés.
Toute notre communauté de travail est quelque peu abasourdie, interloquée et perplexe face aux explications de la Direction.
À juste titre, nous sommes en droit de nous demander si nos capitaines d’industrie ne seraient pas en réalité des capitaines de pédalo ?
Lors du CSE Central du 21 juin dernier, en plus des représentants du personnel, une bonne partie du CODIR était présente.
Le CODIR ou Comité de Direction, c’est un peu le bal des gens-biens de la chanson d’Adamo. Il regroupe « les importants », « ceux qui comptent » et qui parfois se trompent, ceux qui peuvent raisonnablement penser « qu’ils ont raté leur vie, s’ils n’ont pas acheté une Rolex avant l’âge de 50 ans », comme le disait un mauvais publicitaire. Somme toute, le « gratin » de l’entreprise, le « top ten » des rémunérations, ceux qui sont censés amener le navire à bon port !
Bien évidemment, sans dévoiler un secret de polichinelle, ces braves gens ne verront pas leurs coquettes rémunérations impactées par l’activité partielle !
C’est donc tout naturellement notre directeur général alias « le maître du temps » qui a ouvert le bal si nous pouvons nous exprimer ainsi !
Notre « Big Boss » qui à l’instar du lapin blanc d’Alice au Pays des Merveilles a probablement la phobie des retards et regarde sa montre en permanence, considère le C.S.E Central comme « un mal nécessaire », voire comme une formalité administrative obligatoire. Ce dernier, en partant de ce postulat, pensait bâcler, expédier, l’affaire en une heure.
Jérôme Lionet puisqu’il s’agit de lui, nous a donc expliqué le contexte économique qui justifiait la demande d’activité partielle tout en se voulant rassurant en filant la métaphore du « trou d’air passager ».
Nous n’avons donc rien appris de nouveau puisque l’augmentation des matières premières nous la subissons depuis deux ans, tout comme la guerre en Ukraine et l’inflation d’une manière générale.
Concédons-lui tout de même que dans ce contexte volatile, le pilotage de l’entreprise doit être effectué assez finement.
Ce fut ensuite le tour de notre directeur commercial que l’on pourrait surnommer « Monsieur Content » pour qui tout va bien, enfin sauf là !
Son discours pour le moins décalé avec la réalité de l’ordre du jour de la réunion et probablement avec certaines vérités concernant le marché de l’eau, aurait pu être risible si la plupart des salariés n’allait pas laisser 20 % de leurs rémunérations dans l’affaire.
Il nous a assurément démontré les limites de la Méthode Coué qui se traduit par un comportement de négation de la réalité.
Le directeur financier, notre grand argentier y est allé aussi de son couplet pensant expliquer aux représentants du personnel ce qu’était un taux de marge.
Nous avons tout de même appris que notre marge commerciale avait légèrement augmenté, mais aussi que dans les calculs du coût de l’activité partielle on comptait une perte de marge pour des commandes que l’on n’a pas !
C’est particulier, mais que voulez-vous, un directeur financier ce n’est pas un chef comptable, il n’est pas soumis au devoir de prudence.
Quant au directeur logistique il a développé sa théorie autour de « l’anticipation tardive » : tout un concept ! Sans doute aussi efficace que la « tenaille de la forêt de Machecoul » dans la 7ème Compagnie !
Il faut reconnaître qu’il est le seul à avoir admis à demi-mot, une erreur ou du moins d’avoir choisi une option qui nous amène là où nous en sommes aujourd’hui.
Avec un certain panache, un peu comme le Général Nivelle après le Chemin des Dames, il a fini par dire qu’il assumait la situation. Tout comme les mutins de 1917, nous pourrions lui répondre « c’est facile avec le sang des autres » et en l’occurrence 20 % de leur rémunération !
Reste pour compléter le tableau à évoquer notre D.R.H, le « Capitaine de la Barrique » capable de naviguer entre deux eaux ou par gros temps. Notre DRH était un peu absent, un peu éteint, un peu distant sans doute en « jetlag ».
Face aux éléments présentés, il apparait clairement qu’il y avait, dès le mois de février, une véritable décorrélation entre le carnet de commandes et la marche des établissements industriels. La sagesse aurait voulu d’appuyer fermement sur le frein afin de ne pas laisser s’envoler les stocks et ne pas déclencher de l’activité partielle.
Notre CODIR a fait un choix inverse voyant le mur s’approcher, il a fait le choix de poursuivre à vive allure tout en klaxonnant !
La CGT pour sa part a l’impression que nos dirigeants ont perdu les clés de la maison Saint Gobain PAM, qui pourtant a bien connu des périodes tourmentées et des crises, bien plus compliquées que celle qu’apparemment nous traversons actuellement.
Certaines explications utilisées pour justifier cette décision nous ont déjà été servies, nous semblent légères, presque désinvoltes, voire hors-sol. Cette décision contestable entraînera un climat social dégradé et encore une fois, une perte de confiance des équipes, qui dans cette affaire, se sentent méprisées et déconsidérées.
Pourtant depuis le mois de janvier, des signaux d’alerte sont émis, par les collectivités locales, qui diffèrent leurs investissements, par la construction qui traverse des difficultés, par les économistes qui parlent de marasme et de décroissance, par la CGT qui interpellent les Directions d’établissement au sujet de l’activité élevée, programmée dans les ateliers et du niveau des stocks.
Tout ce petit monde, à l’unisson, a essayé d’expliquer que les prémices d’un ralentissement étaient au rendez-vous, que les feux étaient au rouge.
Tout le monde avait conscience de la situation excepté le Directeur Général de l’entreprise qui n’écoute apparemment que lui-même, qui pilote verticalement, qui persiste et signe en maintenant, pendant plusieurs mois, une activité élevée, fondée sur d’hypothétiques prévisions de « Monsieur Content » dont nous connaissons le degré de fiabilité.
Tout ce petit monde et le Directeur Général le premier mériterait d’être puni pour avoir fait fi des Femmes et des Hommes qui composent l’entreprise, fi de leurs conditions de travail, de leurs rémunérations, fi d’une certaine prudence, fi d’une forme de discernement avisé que devrait intégrer tout capitaine d’industrie.
Seulement voilà, nous savons que le volet disciplinaire ne concerne jamais les Directeurs généraux, il y a toujours des boucs-émissaires. Dans notre cas de figure, la punition sera collective et elle sera infligée aux salariés qui s’engagent, qui produisent, qui acceptent parfois beaucoup, qui font tourner l’entreprise.








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