Lors du dernier C.S.E., notre Diafoirus mussipontain est venu présenter son rapport annuel d’activité.

Avant de poursuivre, arrêtons nous un instant sur le terme Diafoirus. Il nous renvoie à nos années d’adolescence, nos années de collège ou de lycée. Diafoirus sont deux personnages du Malade imaginaire de Molière, un père et son fils, représentant des médecins ridicules et prétentieux.
Avec le temps, le terme est entré dans le langage courant et, d’après le Petit Larousse, Diafoirus est utilisé pour désigner un médecin incompétent, prétentieux ou ridicule, et par extension toute personne qui agit avec un excès de sérieux ou de prétention dans son domaine, souvent de manière inefficace ou ridicule.
Voilà, le ton est donné : chacune et chacun se rappelle désormais ce qu’est un Diafoirus !
Venons en maintenant au rapport proprement dit.
Si on le regarde de loin, tout est impeccable : bien présenté, bien calibré, un peu comme un radis : bien rouge, bien lisse, bien brillant.
En revanche, si on y regarde de plus près, il est creux.
Parce que oui, la CGT ose le dire : le rapport annuel 2025 du Médecin du Travail, c’est un radis creux !
De l’extérieur, ça en impose : des chiffres, des tableaux, des pages bien remplies.
Mais quand on croque dedans, il n’y a rien. Ou plutôt si : un petit goût piquant, amer, désagréable… et beaucoup de vide.
À ce stade, il est sans doute utile de rappeler ce qu’est la réalité du travail des femmes et des hommes qui viennent chaque jour à l’usine. Pour parler un langage que notre allopathe comprenne, puisque celui du travail lui est éloigné, dressons le tableau clinique de l’usine de Pont-à-Mousson.
827 salariés, dont 257 intérimaires, sont soumis à des risques élevés au sens du Code du travail puisqu’ils bénéficient d’une surveillance médicale renforcée (SMR).
Bien que des efforts aient été réalisés ces dernières années, la pénibilité au travail est une réalité dans notre établissement :
- 644 salariés en travail posté.
- 383 salariés exposés à un bruit supérieur à 80 décibels.
- 250 salariés exposés à la chaleur et aux ambiances thermiques.
- 185 salariés exposés aux gaz et aux produits chimiques dangereux.
Les risques ne sont malheureusement pas isolés pour les salariés de l’usine de Pont-à-Mousson : ils se cumulent souvent sur les mêmes postes.
Ainsi, il n’est pas rare de voir un même salarié cumuler plusieurs facteurs de risque sur le poste qu’il occupe.
Cette exposition multifactorielle entraîne une fatigue accrue, des effets à long terme tels qu’une usure prématurée, des maladies chroniques handicapantes et, parfois malheureusement, des maladies beaucoup plus graves, voire mortelles.
Le travail posté est particulièrement prégnant dans notre établissement, notamment le travail de nuit, qui a des impacts avérés sur la santé des salariés : sommeil perturbé, augmentation des risques cardiovasculaires et déséquilibre entre vie personnelle et vie professionnelle.
Différentes études démontrent qu’un travailleur posté perd en moyenne 7 ans d’espérance de vie par rapport à un travailleur de jour.
L’espérance de vie en bonne santé des travailleurs postés varie en fonction de leur durée d’exposition : elle se situe à 60 ans pour 20 ans d’exposition et à 57 ans pour une carrière complète.
Nos conditions de travail entraînent des risques avérés d’être affecté par une maladie professionnelle.
À ce titre, 8 déclarations de maladies professionnelles ont été réalisées en 2025, dont 2 ont été reconnues.
Ces chiffres traduisent des maladies professionnelles bien identifiées :
- Perte auditive liée au bruit.
- Troubles musculosquelettiques liés aux gestes répétitifs et aux manutentions.
- Pathologies respiratoires graves : silicose / cancers.
Ces atteintes sont malheureusement souvent irréversibles, évolutives dans le temps, avec un impact direct sur la fin de carrière et la retraite.
D’ailleurs, les statistiques sont très éloignées de la réalité, puisque beaucoup de salariés, et d’anciens salariés, ne font pas valoir leurs droits et ne déclarent pas des maladies pourtant directement liées à leur activité professionnelle.
Les accidents du travail sont une réalité dans notre établissement.
En 2025, 265 prises en charge liées à des accidents sont à dénombrer. Fort heureusement, la plupart du temps, il ne s’agit pas d’accidents considérés comme graves au sens de la Sécurité sociale.
Pour autant, cela démontre une fréquence importante des accidents et un environnement potentiellement dangereux.
La plupart des soins prodigués concernent des douleurs, des traumatismes ou des projections de poussières dans les yeux. Cependant, il existe des prises en charge beaucoup plus graves : fractures, coupures sérieuses et brûlures importantes, laissant parfois des séquelles irréversibles.
Le travail dans notre établissement génère également de l’usure quotidienne, et pas seulement des faits accidentels ponctuels.
Cela se traduit par :
- Des postes physiquement exigeants.
- Des conditions de travail parfois dégradées.
- Une organisation laissant peu de place à la récupération sur certains chantiers.
Face à ce tableau non exhaustif, ancré dans la réalité du travail et le vécu des salariés, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y a du boulot en matière de prévention des risques.
Cela tombe bien : la prévention est la raison d’être de la médecine du travail, le cœur du métier d’un médecin du travail.
Alors regardons ce qui a été fait et les actions prévues pour 2026.
44 études de postes ont été réalisées en 2025, la plupart effectuées par les infirmiers : c’est bien !
Quelques actions de sensibilisation des salariés sur la silice, le sommeil, le handicap… et puis c’est tout.
Le bilan est bien maigre et il existe un décalage certain entre l’ampleur des risques et les actions de prévention engagées.
Cela démontre l’approche que notre Médecin du Travail a de son métier : la statistique, un peu comme à l’INSEE !
Ce n’est clairement pas ce que l’on est en droit d’attendre d’un médecin du travail ; ce n’est même pas le minimum syndical !
La CGT le rappelle solennellement : le médecin du travail doit être acteur et moteur de la prévention dans l’entreprise. Avec notre disciple d’Esculape, on a l’impression que le moteur a calé, voire qu’il n’a jamais vraiment démarré !
Tout cela est navrant, consternant, affligeant, clairement pas au niveau !
Mais bon, ne soyons pas trop durs avec le toubib : cela peut arriver de se tromper, de passer à côté, de rater son année. Voyons ce qu’il nous propose pour 2026.
Si nous voulions imager notre propos, nous pourrions utiliser la célèbre réplique de Jean Gabin dans La Traversée de Paris :
« Du mou, du mou, rien que du mou, du mou partout ! »
Peu ou prou la même chose qu’en 2025 : fade, creux, sans saveur, le vide intersidéral, à des années-lumière de ce qu’il faudrait mettre en œuvre pour les salariés !
Au moment de conclure ce type de publication acidulée, la tradition veut que l’on fasse une citation permettant à la personne malmenée de se remettre en selle. Si nous étions dans cette optique, et non sans humour, nous pourrions inviter le Médecin du Travail à méditer cette citation d’Albert Einstein :
« Le vide, ce n’est pas rien, c’est une structure, une présence invisible qui donne forme au réel. »
Si nous nous laissions emporter par notre colère et notre fougue, puisqu’il s’agit tout de même de la santé des salariés, la sentence pourrait être celle que nous avions formulée par le passé avec un autre médecin du travail :
« Syndrome Bruno Gard : chacun connaît le traitement. »
Pour celles et ceux qui n’étaient pas présents lors du passage controversé du sieur Gard dans notre entreprise, le traitement appliqué fut une rupture conventionnelle.
Dans notre grande mansuétude, et en ce qui concerne la CGT, pour la dernière fois, car nous défendons le droit à une ultime chance, nous allons tenter de faire réagir notre « bon docteur » en lui posant la question suivante :
Docteur, à force de produire du vide, dans combien de temps pensez-vous que tout votre message va sonner creux ?







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