Celle que nous a servie récemment notre médecin du travail appartient sans aucun doute à cette catégorie.

Notre première réaction a été une pensée pour Tom Hanks et sa célèbre réplique dans Forrest Gump : « N’est stupide que la stupidité ! »

Pour autant, la réponse de notre disciple d’Esculape, aussi brève qu’étonnante, mérite que l’on s’y attarde et que l’on creuse un peu…

Car derrière ces quelques mots se cache une certaine vision de la médecine du travail, de la prévention et, plus largement, de la responsabilité, accessoirement la sienne, envers les salariés.

Rappelons les faits, qui sont pourtant d’une simplicité presque enfantine.

Un salarié se blesse à l’avant-bras avec une meule. Les infirmiers prennent en charge la victime au service médical et réalisent les premiers soins. La blessure n’engage heureusement pas son pronostic vital, mais elle nécessite tout de même des points de suture aux urgences de l’hôpital de Pont-à-Mousson.

Comme il ne s’agit pas d’une urgence vitale, ni les pompiers ni le SAMU ne se déplacent. Les taxis et les VTC sollicités refusent également le transport.

La solution retenue est alors pour le moins surprenante : remettre un bon de sortie au salarié et le laisser rejoindre seul les urgences au volant de son véhicule personnel, le bras en écharpe.

Nous lui avons rappelé qu’il existait pourtant une solution simple et pragmatique. Les infirmiers disposent d’un véhicule de service, d’un téléphone d’urgence et les urgences de Pont-à-Mousson se trouvent à moins de dix minutes de l’infirmerie. Dans ces circonstances exceptionnelles, assurer eux-mêmes le transport d’un salarié blessé nous paraît relever du simple bon sens.
Un peu comme la recette de la crèpe au sucre dans les Bronzés font du ski : vous avez de la pâte, vous avez du sucre, alors faites moi une crèpe au sucre !

La réponse qui nous a été faite est tombée sans la moindre hésitation :

Pour la CGT, cette formule est révélatrice.

Elle ne rejette pas seulement une proposition concrète et dans l’absolu, cela n’est pas le plus grave.

Elle traduit surtout une conception de la médecine du travail dans laquelle l’accompagnement du salarié semble s’arrêter dès que celui-ci franchit la porte de l’infirmerie.

Selon cette logique, il y aura toujours quelqu’un d’autre : un collègue, un responsable, un proche et, dans notre exemple, le salarié lui-même, pour assurer la suite de la prise en charge.

Après tout, s’il est capable de tenir un volant malgré sa blessure, pourquoi s’en inquiéter davantage ?

Ce raisonnement nous paraît profondément décalé par rapport à la réalité du terrain.
La prévention ne consiste pas uniquement à rappeler les règles, à organiser des visites médicales ou à remplir des dossiers.

Elle consiste aussi à accompagner concrètement les salariés lorsque des situations imprévues surviennent et à rechercher les solutions les plus adaptées.

Il est d’ailleurs paradoxal que ceux qui sont censés rappeler quotidiennement aux salariés l’importance de la prévention considèrent soudain que, lorsqu’un salarié est blessé, sa prise en charge peut être confiée à… quelqu’un d’autre.

Imaginons appliquer cette philosophie à d’autres situations de travail.

Réaliser une piqûre sur le HF3 en pleine canicule ? Quelqu’un d’autre peut le faire.

Une pagaille dans le Four 6 mètres ? Quelqu’un d’autre peut sortir les tuyaux.

Une consignation, une ronde de sécurité : quelqu’un d’autre le fera !

Pourquoi chercher des solutions lorsque la réponse est toute trouvée ?

Après tout, le salarié blessé peut conduire lui-même jusqu’aux urgences. Et s’il ne peut pas, un collègue peut toujours l’accompagner. S’ils y mettaient un peu de bonne volonté, le responsable du secteur de l’accidenté pourrait certainement s’organiser. Et si personne n’est disponible, l’entreprise finira bien par trouver une solution… ou pas. Après tout, ce ne sera plus notre problème.

Cette manière de raisonner est finalement très confortable : elle consiste à considérer que la responsabilité appartient toujours aux autres. Comme le chante Orelsan : « Basique. Simple. Basique. »

Pourtant, la médecine du travail n’a pas vocation seulement à observer les difficultés de loin ni à renvoyer systématiquement leur résolution vers des tiers.
Elle est aussi là pour accompagner les salariés et participer à la recherche de solutions, spécialement lorsque les circonstances l’exigent.

« Ils sont capables du meilleur comme du pire… mais c’est dans le pire qu’ils sont les meilleurs. ».

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